C’est un événement suffisamment particulier pour qualifier cette réunion de crise. Deux médecins du CHU, le Pr. Sebbane et Guilpain ont effectué un signalement au du Procureur de la République sur des « mises en danger des patients » et un « harcèlement moral ». Ces derniers, largement médiatisés dans la presse, ont dénoncé une méthode de gestion « chaotique » ainsi que des pratiques de limogeage. Le 27 Février, la haute gouvernance du CHU de Montpellier, en présence de la directrice Anne Ferrer, a tenu une conférence de presse afin d’exercer un droit de réponse.
Des propos « illégitimes » et « choquants »
Parmi les membres présents figurait le président de la CME (Commission des Médecins d’Etablissement) Taourel Patrice, qui a qualifié les propos d’ « assertions délétères » qui ont « profondément heurté et blessé » l’équipe. Il a notamment rappelé que les chefs de service et de pôle sont élus, et non choisis de manière arbitraire. Guillaume Carton, chef du service de cancérologie, médecine et immunologie, a affirmé que « lorsque l’on se plaint d’un traitement de son patient, on en est le premier responsable », faisant référence aux signalements concernant la mise en danger des patients. Ceux-ci constituent, selon lui, d’une « ateinte aux objectifs de la médecine interne , la médiatisation de l’affaire ayant manifestement bousculé les cohésions internes. Jean-Michel Bruel, représentant des usagers et responsable régional, a quant à lui affirmé que le besoin d’ « améliorer de manière constante » était « particulièrement important et suivi » au CHU de Montpellier. « Je dois témoigner que le CHU de Montpellier a une forte dynamique avec les partenaires a-t-il pu dire devant les journalistes. Avant d’affirmer que les problèmes d’organisation générale étaient majoritairement nationaux. Mais les propos les plus virulents sont venus du chef des urgences, Xavier Capdevilla. Celui-ci reconnaît que les « problèmes aux urgences existent » et qu’ils sont difficilement niables, mais insiste sur la qualité des soins entreprise par le CHU, en martelant que « le bien-être est quelque chose de très important » que cela soit pour les patients ou les professionnels de santé. Il a tenu à rappeler que les cas admis aux urgences était en nette augmentation et que des travaux afin de doubler leur surface étaient prévus. Il qualifie les propos tenus par les deux médecins de « particulièrement heurtant[s] », avant d’affirmer que sur les 400 urgences en moyenne admises par jour, 10 à 15 personnes « [y] viennent pour décéder », soutenant donc une nécessité de la part du CHU de prendre en considération la parole du patient ainsi que de poursuivre des aménagements, pourtant syndromes des racines du conflit entre les deux parties.
Une mise à pied « contractuelle »
Lorsqu’Anne Ferrer prend la parole, un certain sens de la discipline s’en dégage. De manière très méthodique, la jeune directrice générale du CHU de Montpellier affirme que l’accompagnement des deux médecins ne faiblira pas, et qu’ils sont incapables de prendre des sanctions à leur encontre du fait de leur statut de PU-PH (Professeur des universités-praticien hospitalier, ndlr). Pour autant, elle atteste que le Professeur Sebbane n’a jamais transmis la copie de son recours à l’Article 40 au CHU, ce que le Professeur Guilpain a cependant fait. Elle réitère un « besoin d’objectivité » et se dit « prête » à accueillir la justice dans le cadre de l’enquête interne qu’a déclenché le Procureur de la République suite au signalements. Par ailleurs, elle affirme, sur un ton questionnant, qu’elle n’a « limogé personne » et que l’écartement du Professeur Sebbane de sa chefferie n’était que le résultat de la fin de son titre, ne durant que quatre années. IL n’y aurait aucun désaccord qui aurait mené à sa mise à pied, Mr. Capdevilla ajoutant que celui-ci souhaitait des urgences séparées du bloc central ainsi que d’un deuxième scanner, ce qui a été « attentivement étudié » avant d’être refusé. Mme. Ferrer a d’ailleurs confirmé qu’une enquête interne mandatée par le CHU aura lieu en parallèle de celle du Procureur, qui sera dirigée par la directrice générale adjointe ainsi que de professionnels externes sous DGA, en garantissant des « auditions confidentielles ». L’ARS a également été informée des plaintes.
Une gestion vivement critiquée
L’arrivée à la tête du CHU d’Anne Ferrer n’a pas été vu d’un bon oeil par tous. Selon une source interne, les chefs de services se sont sentis « pressurisés » depuis l’arrivée de celle-ci en tant que directrice. Les conditions de travail se seraient dégradées, avec des restructurations fréquentes et des difficultés à maintenir un effectif stable et cohésif. Si cette injonction est vraie, cela expliquerait ce qui aurait poussé ces deux médecins à porter plainte contre leur propre employeur. Le seul fait objectif de cette conférence de presse fut que les tensions, qu'elles soient justifiées ou non, existent et entravent la cohésion et le fonctionnement normal du CHU, accueillant près de 12 000 fonctionnaires.